À la bonne Sainte-Force

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Dessin multimodal et multitouch avec Rita

14 juillet 2012

Chère amie, cher ami,

En ce beau jour où s'exprimera plus d'une fois, comme dirait l'autre (Dieu le turlute), un mélange de fierté municipale, de foi régionale et de Front National, je te propose d'utiliser ton ordinateur pour dessiner ton propre drapeau, de manière à l'imprimer et à en faire de jolis touilleurs à cocktail. Laisse-moi te dire qu'elle a duré un bout de temps, ma recherche de l'application iDrapeau. Et malheureusement, je n'ai rien trouvé de mieux qu'un superbe logiciel de dessin surpuissant et gratuit, Rita, dont je vais m'empresser de te décrire les caractéristiques, la raison pour laquelle il me pose problème, et comment un coup de Sainte-Force en spray a permis de résoudre mon problème.

C'est un programme de dessin très simple où la zone de travail est aussi grande que l'on veut, et où la résolution du dessin est infinie. On peut donc remplir un espace très grand et dessiner des petits détails en zoomant à mort, de manière à faire des trucs très jolis, dans la limite des talents artistiques de chacun. Avec une tablette graphique, ce programme est tout simplement une bénédiction. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu les traits de mes immondes gribouillis s'assembler devant moi pour former des images, avec du sens et tout ! Inutile de dire que j'ai tout de suite essayé de réaliser mon propre drapeau, une œuvre d'une rare finesse où se mêlent une structure aux proportions divines et une avalanche de subtilités, de détails imperceptibles pour l'œil peu entraîné à voir la Sainte-Force dans ce qui l'entoure.

Fort malheureusement, il se trouve que ce programme n'est plus mis à jour depuis 2005, et bien qu'il fonctionne parfaitement avec les Mac OS X les plus avant-gardistes, sa gamme de fonctionnalités est si peu étendue que je ne suis vraiment pas très content. Parmi les petites choses qui ne font déjà pas rire, on ne peut pas écrire de texte avec un clavier, ou même coller des images provenant d'un autre programme. Mais il y a une chose qui donne envie de ne plus se laver les joues (oui, comme ce pauvre Dino), c'est que le programme ne permet ni de défiler, ni d'agrandir, ni de tourner la zone de travail avec les excellents trackpads dont nos machines argentées sont équipées. La vieille méthode pour explorer cet espace infini, c'est donc des outils pas pratiques et des raccourcis clavier qui zooment un peu trop fort. Étant donné le peu d'activité du développeur (Dieu le tripote), il m'a semblé pendant un temps que l'espoir de voir ce trackpad me permettre de naviguer à grands coups de pinches et de swipes , à côté du scrit-scrat du stylet et du cliclic du clavier, s'était envolé…

Heureusement, quelque chose de classe est arrivé. Les applications, sous Mac OS X, sont souvent écrites avec un langage qui a la bonne idée de tout décider au dernier moment. Ceci fait que, contrairement à d'autres langages où tout est déjà écrit, il est possible de connaître la structure des objets utilisés, et même de la manipuler, ouvrant la voie aux détournements les plus saugrenus. C'est de cette façon, souviens-toi, que j'ai pu rajouter des petites flèches dans chaque application, de manière à y intégrer les liens. Après une rapide inspection grâce à quelques outils de F-Script, j'ai pu examiner quel genre d'objet modifier pour rajouter moi-même le support du multitouch, sans avoir accès au code de l'application. La suite ne fut pas un jeu d'enfant, mais mon travail a grandement profité du fait que l'application est bien conçue. Du boulot de suédois, robuste et bien branlé, fourni en kit, avec un nom bizarre qui correspond à un mot en suédois. Je mettrais ma main pleine de bagues en or à couper que ce truc s'imposera sur toute la planète dans quelques temps.

Qu'est-ce que j'ai donc fait ? J'ai simplement fait en sorte qu'il soit possible d'exécuter les gestes de défilement à deux doigts, de pincement pour zoomer et de rotation à deux doigts, et que ça ne soit pas trop lent, grâce à une petite optimisation bien crade qui laisse parfois apparaître quelques effets graphiques indésirables. Pour l'utiliser, il suffit de suivre le guide :

  • Télécharger Rita et l'installer (dans vos /Applications, par exemple);
  • Télécharger SIMBL et l'installer;
  • Télécharger, au choix, RitaMultitouch (Mac OS X 10.6+) ou RitaMultitouch avec rotations (Mac OS X 10.6+) (le second est plus ancien), dont le contenu devra être placé dans /Users/TON_NOM_ICI/Bibliothèque/Application Support/SIMBL/PlugIns (créez ce dossier si vous ne le trouvez pas).
  • Lancer Rita, brancher éventuellement une tablette graphique, commencer à dessiner, faire des gestes, puis en parler à la voisine.

La conclusion qu'on peut tirer de cette missive, c'est que lorsque la quantité de classe dans un environnement est assez importante, il est toujours possible de faire l'impossible avec encore plus de classe. Pour te permettre d'apprécier encore plus ton moment créatif avec un drapeau, il me fallait te trouver une fonctionnalité qui n'existait pas. Mais grâce à la Sainte-Force, ce fut quasiment un jeu d'enfant de t'en bricoler une. Étonnant, non ?

  1. Rita signifierait dessin.
  2. Par la suite, j'ai enlevé la rotation. Elle est bizarrement gérée dans Rita : certaines opérations, comme dessiner une grille, ne tiennent pas compte de l'angle de rotation actuel, et vu qu'en zoomant on fait toujours un peu de rotation sans le vouloir, ça rendait le travail assez énervant.

Au plaisir de te lire,
Hubert Sainte-Force